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Le Bal des Intouchables

Antoine Rigot, metteur en scène et co-fondateur avec sa femme Agathe de la Compagnie Les Colporteurs, nous a reçu dans sa roulotte couleur prune pour nous parler du Bal des Intouchables. Le spectacle a lieu du 9 au 23 février dans un magnifique et gigantesque chapiteau, rêvé et conçu par eux, installé pour l’occasion au Parc Chanot.
Suite à un accident en 2000, Antoine Rigot ne peut plus remonter sur le fil où il a passé 20 ans. Plus ou presque puisque malgré son handicap, il remonte sur les planches et aborde dans son travail de création les nouvelles thématiques qui le taraudent, celles des situations d’exclusion. Un travail sur l’humain en perpétuel mouvement !

2. Le Bal des Intouchables

Handimarseille : Pouvez-vous vous présenter et présenter votre Compagnie ?

Antoine Rigot : Je suis funambule, je suis passé par l’école Annie Fratellini et Pierre Étaix, j’ai une formation plutôt burlesque : cascades, acrobatie... Et puis j’ai découvert le fil et rencontré Agathe, on a fait 20 ans de fil ensemble. On a créé la Compagnie Les Colporteurs en 1996. On a toujours développé notre travail ensemble.

La Compagnie a aujourd’hui différents projets, certains sous chapiteau qui emploient des équipes d’une vingtaine de personnes et d’autres spectacles qui sont de plus petites tailles, qu’on a tourné pendant des années, soient des formes pour l’extérieur soit en théâtre. Le noyau dur de la Compagnie c’est 5, 6 personnes.

On a aussi dessiné le chapiteau de nos rêves, on va dire.
C’est un peu particulier un chapiteau : normalement, ça ne peut pas avoir une coupole plus large que 2m50, pour pouvoir se poser sur un camion facilement.
La nôtre s’articule, elle s’ouvre pour faire une coupole de 8 mètres, elle peut se plier et puis se ranger sur une remorque de camion.

C’est la spécificité de ce chapiteau, ça lui donne un espace aérien à la fois très large, et assez haut, sans pour autant augmenter sa taille au niveau du sol et donc pouvoir garder une arène très penchée et un contact qui reste très intime avec le public, même s’il y a quand même 500 places. C’est pour ça qu’il ressemble un peu à un gros gâteau.

En retravaillant sur notre scénographie intérieure, on a transformé l’avant de nos gradins pour qu’il soit démontable et qu’il puisse y avoir des places pour accueillir des fauteuils roulants dans des conditions parfaites de spectacle, et non pas bricoler des places pour les caser à droite et à gauche.
Ça c’est sur que c’était important pour moi d’y réfléchir et de faire un espace bien réfléchi et bien accessible, et puis aux premières loges !

H : Le Bal des Intouchables est un des événements phares de Marseille Provence 2013, le titre est très évocateur, quels sont la ou les thématiques abordées ?

A.R : Effectivement Marseille Provence 2013 est un partenaire proche et direct, il est rentré dans la production de ce spectacle qui a été crée en septembre 2012, à Lausanne. Le spectacle est tout jeune.

Ce projet s’inscrit dans un cheminement que nous avons mis en place depuis mon accident. À mon retour au travail, ma situation de handicap s’est d’une certaine manière imposée. 
Il y a eu un besoin de se poser des questions, pas sur le handicap uniquement, mais plus largement sur la situation de l’humain, sur les situations d’exclusion, sur ce qui fait que l’on se retrouve, entre guillemets, au bord de la route.


La société d’aujourd’hui manque d’attention à l’être humain et le met dans des situations d’exclusion, de précarité, des difficultés de toutes sortes... Sur ces problématiques, notre souhait c’est aussi d’en parler avec des jeunes, ouvrir une réflexion et la partager, voir comment et par quoi ils se sentent concernés.

Concernant le titre, intouchables, ça fait référence à la caste. ça place le sujet, sur les gens qui sont un peu sur le côté, en tout cas qui ne sont pas intégrés, ou qu’on abandonne. Ensuite il y avait le côté intouchable du cirque puisque quand on est au trapèze ou sur le fil, à plusieurs mètres de hauteur, on est intouchable aussi dans ce sens-là. Et puis le bal, pour ce côté défilé, de situations, d’images qui s’enchaînent, qui peuvent susciter des réflexions.

H : Comment et à partir de quels matériaux avez-vous réalisé cette création ?

A.R : On a proposé ce cadre à l’équipe, et puis ensuite on a défini des matières, des thèmes ensemble. De là on a écrit, des petits poèmes et des petites phrases, d’où sont sorties des improvisations, et dans ces improvisations on a fait des choix qu’on a développés, avec lesquels on a construit des situations.
Il y a tout un travail d’écriture collective, c’est là où l’on plonge dans un endroit plutôt inconnu. L’idée c’est quand même de s’apprivoiser, d’ouvrir les imaginaires de tous, et puis de construire la matière ensemble.
Le spectacle n’est pas écrit à l’avance et on ne cherche pas des interprètes, c’est aussi une des spécificités du cirque, pour moi en tout cas. Il y a un travail personnel très développé, il y a une autonomie dans le travail, chacun travail sur sa matière, à sa façon, la construit.

C’est très important pour nous la technique de cirque en soi, c’est d’abord du cirque, c’est d’abord le langage du corps. Ce qui nous intéresse ensuite c’est d’utiliser cette matière pour l’ouvrir et la mettre au service de situations qui peuvent exciter les imaginaires. Après, je deviens un peu le chef d’orchestre de tout ça. D’ailleurs la musique s’écrit en même temps, par les mêmes processus de partage d’idées, d’imaginaires, de sensibilités.

H : Vos trois derniers spectacles sont conçus comme un triptyque, qu’elle est l’évolution ou la finalité ?

A.R : En fait on va dire que c’est un quadriptyque. Le Bal des Intouchables s’est un peu introduit au milieu du triptyque.

J’ai passé 10 mois en centre de rééducation jusqu’à ce que j’arrive à peu près à me remettre debout. J’avais la conviction que j’allais pouvoir me remettre debout et réussir à me déplacer, mais je savais que ça allait être extrêmement difficile et que ce ne serait pas une récupération complète, ce serait vraiment très limité.
Pendant tout ce temps où j’étais au centre j’ai tenu un journal, plus ou moins régulièrement, qui a été à l’origine du premier travail que j’avais voulu faire. Mais je me suis rendu compte que ça allait me prendre plus de temps, plus de maturité.
J’ai donc commencé par faire un travail beaucoup plus collectif, sous le chapiteau, Le Fil sous la Neige, avec des gens passionnés de fil. Après avoir passé 20 ans sur le fil, c’était un peu un hommage au fil et, en même temps, un hommage au fil de la vie, comment remonter sur le fil de la vie.

C’était une première étape. Ensuite j’ai fait Sur la Route qui était un duo. On rentrait déjà beaucoup plus dans l’intimité. Ça exprimait un peu la reconstruction et le soutien, toute l’énergie féminine qui m’a entouré pour me relever de tout ça, puisque entre Agathe, nos deux filles, et nos amies proches c’est quand même très féminin, en tout cas c’est là où j’ai puisé, où j’ai ressenti un soutien vraiment très fort.

Et puis la troisième partie, c’est ce que je n’ai pas encore fait. Ce journal.

C’est une espèce d’imprécation sur la prise en charge de la personne handicapée après l’accident : je trouve que ça ne répond pas du tout aux besoins réels.
Ça répond à certains besoins matériels, mais ce n’est pas une réflexion sur l’humain et sur les possibilités physiques de la récupération. On part du principe que c’est foutu ! Ce qui revient tant mieux et voilà. Il y a tout un lobbying autour du matériel et de la médication pour compenser tout ça, et ça devient l’essentiel. Ce n’est pas un travail très individualisé comme ça devrait l’être, parce que le corps il est capable de répondre, beaucoup plus que ce que l’on pense, c’est ma conviction. Il y a plein de kinés qui s’en sont aperçu mais ils n’ont pas du tout les moyens, ni le cadre qui leur permettent de faire ce genre de travail.
En gros on nous met dans des cages, on consolide un peu ce qui est là, pour nous aider à faire des transferts, mais on ne s’intéresse pas du tout à essayer de réveiller ce qui ne marche plus.
Après tout ça c’est très particulier, c’est très spécifique à chaque personne, pour moi c’est un peu la dernière partie de mon travail et ça avance, ça se prépare.

H : Travaillez-vous avec d’autres artistes circassiens en situation de handicap ?

A.R : Non. Pour l’instant ce n’est pas encore en mouvement. J’y pense. J’ai des amis qui ont été touchés aussi. Mais il n’y a pas encore de véritables projets.

H : Vous transmettez votre savoir à de jeunes funambules et fildeféristes, pouvez-vous nous en parler ?

A.R : Ce qui s’est passé, c’est qu’on m’a sollicité pour faire des stages de fil. Des fildeféristes sont venus me chercher après mon accident, me disant que ce n’est pas parce que je ne pouvais pas remonter sur le fil qu’il fallait que j’abandonne. Qu’il fallait que je transmette ce que je faisais. Depuis on fait des stages et tous les deux ans on fait une rencontre internationale en Ardèche, où on est installé, à La Cascade, c’est un lieu pour lequel on a participé à la création, on a travaillé des années pour que ça existe, c’est un lieu magnifique.

H : Avez-vous quelque chose à rajouter ?

A.R : On a des projets, mais à partir du moment où on fait ce travail collectif d’approche et de mise en place, dans un temps très déterminé et limité, on s’apprivoise, on découvre des nouvelles personnes et il y a toutes sortes de disciplines. C’est une rencontre humaine et une réflexion ensemble. Ce n’est pas toujours évident, il y a plusieurs générations, il y a nous, qui avons passé les cinquante ans, et les plus jeunes, tout ça c’est des frottements, mais qui sont super intéressants.
On a voulu mettre en face à face le comportement sociétal qui fait que l’on exclut pour une richesse artificielle, et le lien humain qui est la véritable richesse qu’on a devant les yeux et qui nous échappe, que l’on ne veut pas voir.

H : Quel est l’apport de Marseille Provence 2013 pour votre Compagnie ?

A.R : Participer à un événement comme ça c’est sur que c’est intéressant, forcément on en parle, on s’intéresse à une compagnie, ça a des retombées. On le verra, mais je pense qu’il y a beaucoup de professionnels qui vont venir et ça peut ouvrir des portes évidemment, soit sur la diffusion, soit sur des projets futurs à partager, en espérant aussi qu’on va poursuivre un travail avec le Gymnase. Et puis au niveau professionnel ça se passe très bien, tout ça c’est plutôt positif.

H : Merci de m’avoir accueilli.

A.R : Avec plaisir !

Post-scriptum

Au parc Chanot jusqu’au samedi 23 février.
Renseignements et réservations : Les Théâtres

Voir en ligne : Le site de la Compagnie


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