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Habicap sous toutes les coutures

Anne-Marie Bouzon a fondé la société Habicap en 2003 avec Annick Goncalvès dans la confection de costumes de scène et de vêtements de créateur. C’est en constatant que certains de ses amis en fauteuils avaient quelques difficultés à se vêtir qu’il lui est venue l’idée de mettre son savoir faire à leur service. Rentrons dans son atelier et découvrons ses secrets, son art d’habiller les corps, où l’esthétique et l’agréable s’unissent pour le plus grand bonheur de tous.

2. Habicap sous toutes les coutures

Handimarseille. - Pouvez-vous vous présenter ?

Anne-Marie Bouzon. - Je m’appelle Anne-Marie Bouzon, j’ai fondé la société Habicap en 2003 avec une amie qui s’appelle Annick Goncalvès, avec qui j’avais déjà eu l’occasion de travailler sur la création de costumes, parce qu’au départ je faisais surtout des costumes de scène et des vêtements de créateur. Parallèlement à cela, j’avais depuis des années des amis en fauteuil roulant qui avaient pas mal de problèmes pour s’habiller, dont un qui avait tout le temps des escarres, alors que c’est quelqu’un qui bouge beaucoup et qui voyage. Donc j’ai mis au point un modèle de pantalon pour essayer de remédier au problème. Des pantalons avec bien sà »r des coupes qui vont bien avec les positions assises, à savoir qui couvrent bien le dos et qui permettent d’être assis sur des matériaux en coton. Ces pantalons doivent être conformes à la forme de la personne qui le porte et non pas l’inverse. Si c’est le cas, on peut se retrouver avec des points d’inflammation ou des blessures, suite au fait qu’on est mal installé dans ses habits.

H. - A qui s’adresse ce type de service ?

AMB. - Au départ, mon idée était de faire des pantalons pour hommes. Déjà dans le prêt à porter traditionnel, il n’y a pas les mêmes propositions que pour les femmes, et à l’époque dans le handicap, il n’y avait carrément rien du tout. Et donc l’idée, c’était qu’en fait les hommes en général, qu’il soient assis ou debout, soient bien dans leurs vêtements. Voilà le concept, de toujours se servir des mêmes bases de patronage, pour embellir ensuite l’aspect extérieur ou modifier le patron et proposer un autre modèle ou simplement changer de matériaux au fil des clients. Mais le concept en lui-même, c’est d’être bien dans un pantalon adéquat, il faut qu’on soit sà »r d’être toujours bien assis. On a deux ou trois patrons, et un patron pour femme différent.

H. - Comment réalisez-vous vos patrons ?

AMB. - Un patron c’est ce que l’on appelle le plan de coupe du vêtement, c’est à dire ce qui permet de découper les vêtements pour le monter. J’ai l’habitude de travailler sur le corps, c’est à dire je ne suis pas du tout, ni pour les logiciels qui font des patrons à la chaîne, comme si les gens étaient fichus comme des cartes postales ou non plus à plat. J’aime bien l’idée que le vêtement doit tourner et s’adapter aux mouvements et aux corps. Donc je travaille toujours sur le corps pour faire mes patrons et j’aime bien faire des patrons. Donc les patrons c’est un genre de coupe, et après ce genre de coupe va être décliné en taille, c’est à dire la gradation. La gradation consiste à monter et à descendre toutes les tailles. Nous, on a des gens qui peuvent faire 1m90 et 35 ou 40 kg, avec des tours de hanche de 85 ou 90 centimètres. A côté de cela, vous avez des gens qui mesurent 1m50 et qui vont faire des tours de hanche de 160, 170, 180 vous voyez, donc on a des gens très différents morphologiquement. C’est pour cela qu’on est avant tout en atelier. Donc nous, on conçoit et on fabrique tout ce que l’on vend. Et du coup, cela nous permet d’avoir une grande souplesse et de faire face aux demandes.

H. - Comment vos stylistes créent vos vêtements, travaillent-ils en partenariat avec des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes ? Comment les gens viennent à vous ?

AMB. - Au départ on est parti de rien, puisqu’on avait aucun fichier des gens qui avaient besoin de ce type de vêtement, heureusement d’ailleurs. Donc au départ on est allé au CHU à Nîmes où il y avait un ergothérapeute, Mr Aldric avec qui on a beaucoup discuté. J’ai quelques amis en fauteuil, donc j’avais une bonne approche du problème. Et puis les gens viennent à nous uniquement par bouche à oreille, parce que d’une part on n’a pas du tout les moyens, parce qu’on travaille avec nos dix doigts, qu’on fabrique tout ce que l’on vend, et qu’on est assujettis à une TVA de 19,6 % et non pas de 5,5 %, comme c’est le cas de tous les autres appareils pour les personnes handicapées. Parce que le vêtement, c’est un produit de consommation courante qui n’est considéré comme du matériel. Donc du coup, on est très pénalisés par cette TVA, on fait des marges très rikiki dà » au fait que l’on a fait le choix de travailler en France et que l’on veut y travailler, tout simplement.

H. - Donc il n’ y a pas de prise en charge des produits que vous proposez pour vos clients ?

AMB. - Après, les gens peuvent faire leur démarche de leur côté, par exemple auprès des Maisons Départementales du Handicap, parce que les vêtements peuvent entrer dans le cadre de la TCH, la Tranche de Compensation du Handicap et dans le cadre des aides techniques pour des produits indispensables à la vie quotidienne, non remboursés par la Sécurité Sociale. Donc les demandes se font toujours avant l’achat et sur devis. Dans ce cas-là , on fournit les devis aux gens qui en font la demande pour qu’ils puissent certifier auprès des Maisons Départementales. Après, les critères je ne peux pas vous les donner, ça dépend très certainement d’un tas de choses. Là , il vaut mieux s’adresser à ces gens-là , pour avoir des renseignements.

H. - Que recherchent vos clients en priorité dans la ligne de vêtements que vous proposez ?

AMB. - Je dirai leur fonctionnalité. Pour les pantalons pour messieurs par exemple, il y a des choses que l’on retrouve toujours en premier, c’est par exemple si la personne a besoin ou non d’une braguette. Ça paraît bête, mais c’est essentiel. Après, est-ce que cette personne va avoir le pouce et l’index pour manipuler une fermeture éclair, un bouton à la ceinture. Si ce n’est pas le cas, tout ça peut être remplacé par une gaine ou une patte en Velcro à la place du bouton, ou un petit peu des deux. Après, pour les capes imperméables, pour les fauteuils tout ce qui est vêtement imperméable d’hiver ou d’été. Après, on va tenir compte effectivement de l’équipement, c’est sà »r que l’on ne va pas habiller de la même façon pour le haut du corps, une personne qui est en fauteuil manuel et une personne qui est en fauteuil électrique. Une personne qui est en fauteuil manuel se déplace de façon autonome, elle n’a pas d’accoudoirs, elle a des roues qui sont très saillantes au niveau du bassin, donc il va falloir dégager le dessus des roues, parce que si on lui met une cape, ça va traîner dans les roues. Nous sommes dans le centre-ville, je pense à Marseille parce que ma sœur y habite, pour attraper des microbes c’est carrément l’idéal. Après, au niveau du fauteuil électrique on va conseiller une cape et on va demander si on peut mettre le dos de la cape entre la personne et le fauteuil. Si ce n’est pas le cas, si cette personne a un corset, où est-ce que l’on va placer le dos du vêtement ? Est-ce qu’il y a une guêpière ? Est-ce qu’on peut faire une adaptation guêpière pour mettre cela derrière ? Vous voyez, ce n’est pas que le vêtement, c’est aussi la personne qui est dedans et tout l’équipement qu’elle a autour d’elle, pour son quotidien. Donc la première demande des clients c’est la fonctionnalité, ce qui va en fait nous guider, c’est améliorer leur quotidien, c’est essayer de trouver des petites solutions pour les femmes qui se sondent par exemple. Une fille qui se sonde, il faut savoir que pour se sonder elle doit sortir de son fauteuil, se mettre sur un lit, enlever son pantalon, sa culotte, se sonder, se rhabiller, se remettre dans le fauteuil. Nous c’est vrai que l’on propose des adaptations, par exemple des fermetures à l’entre-jambe très discrètes, avec des culottes qui s’ouvrent par devant. Du coup, il y a plein de femmes qui rentrent chez nous et qui retrouvent une certaine autonomie, pour aller par exemple passer une soirée au restaurant avec des copines. Sortir, ça parait bête, mais il y a des gens qui ne peuvent pas sortir tout simplement, parce qu’il ne peuvent pas faire pipi. Donc voilà , ça c’est quand même très satisfaisant, quand les clients vous disent : "Je vous remercie, j’ai pu aller au restaurant". Donc voilà pour la fonctionnalité, après ça va être le côté esthétique.Même si on ne peut pas suivre trop les tendances de la mode, parce que l’on est une petite entreprise. On ne peut pas prendre trop de risques, le textile cela coà »te très cher, à acheter, à fabriquer. Donc on essaie de prendre un minimum de risques et en même temps pouvoir proposer des choses jolies et faciles à porter au quotidien. Et puis il y a aussi quelque chose qui est important, c’est la solidité des vêtements, parce que les gens en fauteuils lavent beaucoup. Donc ça passe très souvent au lavage, au sèche-linge. Ils sont soumis à beaucoup de contraintes au moment de l’habillage et du déshabilllage quand il faut tirer. C’est souvent en contact avec les parties en fer sur les fauteuils. C’est fait de crochets et comme nous on est dans l’idée qu’un bon vêtement c’est un vêtement que l’on use jusqu’à la corde et que l’on pleure quand il est plus utilisable, on se dit qu’il faut faire des choses résistantes, puisque l’on s’adresse à une population qui n’a pas forcément de gros moyens. Il faut quand même que les gens quand ils achètent, parce que c’est un investissement pour eux, que ça dure et qu’ils en aient pour leur argent, tout simplement.

H. - Allier confort, esthétisme et autonomie, est-ce toujours possible ?

AMB. - Oui, je pense pour des tas de raisons. Évidement, à la base je vous parlais des patrons, parce que c’est quelque chose d’important, un vêtement sans patron ça n’existe pas. Si la conception est bonne à la base et que le modèle en soi est intemporel et qu’il ne soit pas trop marqué au niveau de la base et du patronage. Après tout est ouvert, alors c’est sà »r, le même patron, même s’il est chouette ou si vous prenez des fringues très moches, vous n’allez pas avoir de plaisir à les porter, parce que le matériau sera tout en polyester, ce qui est le pire pour les gens qui sont en fauteuil, parce que ça ne respire pas, fait transpirer et que c’est inconfortable ou alors le tissu en lui-même va être moche, ringard ou je ne sais quoi. Aussi bien dans l’autre sens, vous pouvez avoir un patron nul, c’est à dire mal fichu, mal coupé. Par exemple, vous allez le faire dans un chouette tissu. Et puis le pantalon dans le prêt à porter traditionnel, parce qu’on en voit beaucoup, le pantalon peut avoir un super look comme ça sur le cintre, vous l’enfilez, aà¯e ! Vous vous apercevez que vous êtes super mal dedans et que vous ne pouvez pas baisser ou plier les jambes, donc voilà . Il faut les deux en fait, et on peut très bien allier esthétisme autonomie et fonctionnalité, il y a aucune contre-indication à ça. Il faut juste avoir envie de faire des vêtements qui soient à la fois pratiques et esthétiques. Ça ne pose aucun problème. Après, c’est ça qui fait que les vêtements se vendent, ne se vendent pas, comme l’air du temps.

H. - Avez-vous des produits phares ? Comment expliquez-vous leur succès ?

AMB. - Oui, on a par exemple des jeans et des vêtements jeans. Cela, je crois que c’est dà » au fait que les jeans dans le commerce sont souvent confectionnés dans des toiles assez épaisses, sans beaucoup de confort et d’élasticité et puis surtout les gens viennent vers nous, parce qu’ils en ont souvent marre d’acheter des jeans à Décathlon et d’être toujours habillé en pyjama. Nous habillons des gens très différents, ça peut aller de jeunes adolescents jusqu’à des personnes âgées. Donc de toute façon on vend de tout, que se soit des choses classiques, des choses branchées, des choses plus légères pour l’été, fashion pour l’hiver. Après c’est les vêtements de pluie, les vêtements pour le froid, parce qu’il y a un besoin, tout simplement. Quand on est dans un fauteuil par exemple, je vois le nombre de jeunes porter un anorak à l’envers, parce que quand vous avez que le devant du corps visible comment voulez-vous passer un vêtement ? Donc s’il n’y a rien d’adapté, vous portez l’anorak à l’envers et vous avez froid. Donc en fait, tout ce que l’on a en catalogue, on le vend, parce que de toute façon tout ce que l’on a conçu, c’est issu de demandes très précises de parents, de personnes handicapées ou d’ergothérapeutes. Donc tout ce que l’on a en catalogue est utile, on a rien d’inutile. De toute façon, les gens chez nous ne font jamais d’achats inutiles. Jamais !

H. - Notre dossier du mois aborde la thématique image de soi et handicap, comment définiriez-vous l’image de soi ?

AMB. - Je ne ferais pas de différence entre les gens valides et les gens en fauteuils. J’ai habillé des danseurs, j’ai habillé des musiciens, j’ai habillé des particuliers. Je ne vois pas de différence entre habiller des danseurs et des personnes en fauteuil roulant. Ce qui m’intéresse dans les deux cas, c’est le cahier des charges, c’est à dire pour la danse contemporaine en l’occurrence, parce que j’ai beaucoup habillé des danseurs, il y a des contraintes parce qu’il faut que les coutures ne craquent pas dès qu’on lève un bras. il faut que les courbes des vêtements soient adaptées à tous les mouvements. Le cahier des charges pour la danse ou les gens en fauteuil, ce n’est pas différent pour moi, c’est avant tout des personnes. Ce qui est intéressant c’est de trouver des solutions, parce que pour moi le vêtement doit toujours accompagner une tâche quotidienne, pour la danse c’est accompagner un danseur dans sa tâche quotidienne, c’est à dire danser. Pour les gens handicapés, c’est accompagner la tâche de vivre au quotidien. Pour moi l’image de soi, que l’on soit dans un fauteuil roulant ou que l’on soit debout, c’est exactement la même. Déjà , il faut porter des habits dans lesquels on se sent bien, qui nous accompagnent au mieux au quotidien et qui nous ressemble quelque part. Si l’habit ne colle pas avec ce qu’il est, il va avoir l’air déguisé en fait. Je n’ai pas d’histoire de l’image et du handicap, peut-être aussi parce que j’ai des gens handicapés dans mon entourage. Donc je ne me suis jamais posé la question de savoir quelle image.

H. - Selon vous, l’image de soi et l’estime de soi sont-elles liées ? Pensez-vous qu’aujourd’hui les personnes handicapées moteurs ont les moyens de renvoyer l’image qu’elles souhaitent ?

AMB. - Je pense que dans la vie, que l’on soit debout ou assis on a toujours les moyens de renvoyer l’image que l’on souhaite. Après je ne me mets pas à la place d’une personne en fauteuil roulant. Je connais des personnes en fauteuil pour qui la vie n’est pas simple, quand on est en fauteuil on a bien des soucis. Mais il y a plein de gens valides qui sont handicapés du cœur et ça ne se voit pas forcément. Je pense que l’image de soi, c’est vraiment l’estime de soi, si on a de l’estime pour soi-même et bien le reste suit. De toute façon vous le voyez bien, quand vous n’êtes pas bien dans votre peau les gens fuient et quand vous avez l’énergie cela les attire, pour moi c’est la même chose. Après je peux concevoir que parfois quand on est en fauteuil, j’imagine que certains regards doivent être très difficiles à affronter. Si déjà dans les écoles, il y avait au moins des enfants handicapés moteurs. J’aimerai faire une partie de basket avec des gens valides et des gens non valides. Je pense que c’est la société qui créé cette peur, cette espèce d’épouvantail que l’on secoue comme ça, au bord des autoroutes ou à la télévision. Ah ! ah ! oh ! les fauteuils roulants. Comme dans les films, quand vous voyez un fauteuil roulant passer, on dirait qu’il fallait en mettre un pour que cela fasse politiquement correct. Je pense que c’est la société qui régit, en fait les personnes handicapées ne sont pas assez intégrées à la vie sociale au départ.

H. - Dans notre société du "tout image", "tout esthétique", "tout beau, tout lisse", est-il possible de concilier une image de soi positive et un handicap inesthétique ?

AMB. - Je pense que tout est possible. Par exemple, le gars avec qui j’ai mis le pantalon au point, il voyage tout le temps, toujours entre deux frontières. Il a traversé le désert et il est en plus amputé d’une cuisse à mi-jambe. Voilà , il a traversé le désert en 4x4. Il est tombé en panne, a réussi bien qu’il soit paraplégique à rentrer dans son moteur pour réparer, je ne sais pas comment il a fait. Je ne veux pas faire de différence entre les gens handicapés et les gens valides. De toute façon, quelqu’un qui était dépressif avant d’avoir un accident par exemple, va rester quelqu’un de dépressif. Si c’était à la base quelqu’un de mélancolique, il restera mélancolique. Si c’était quelqu’un qui à côté de ça avait une entreprise ou quelqu’un qui travaille, qui s’investit dans des associations ou du militantisme, ce n’est pas parce qu’il va être handicapé, passé le choc une fois qu’il aura assimilé la situation, il restera un minimum lui-même. Ce n’est parce qu’il devient handicapé, qu’il devient quelqu’un d’autre. Je peux vous dire que les gens handicapés deviennent de merveilleuses personnes. Ce sont des gens qui ne friment pas, qui sont eux-mêmes et ce sont des gens honnêtes à tous les points de vue. Je trouve que ce sont très souvent des gens de très très grande qualité.

H. - Le regard social est souvent mal perçu par de nombreuses personnes handicapées, qu’en pensez-vous ? Comment changer les choses ?

AMB. - Pour changer les choses il faut mélanger les gens quelque soit leur race, leur âge. Il faut mélanger, il n’y a que le mélange qui enrichi. Je pense que le problème, c’est que dès le départ on nous met dans une case ou une boite. Regardez, mettez un enfant devant un fauteuil roulant, dans les cinq minutes il va avoir le derrière dedans et il va s’amuser. Tant qu’il n’a pas été pollué socialement par la peur du handicap, pour lui naturellement il ne fera pas la différence, pour lui ça va être un jouet, il va s’amuser... Vous parliez que les gens portent mal leur handicap, c’est ça ?

H. - Oui, mais la question c’est aussi le regard social qui est parfois mal perçu par les personnes handicapées.

AMB. - Mais moi je pense qu’il faut y aller, à la limite il faut leur rentrer dedans en fauteuil ! Il faut aussi que les personnes handicapées aillent vers les autres, en fait c’est comme un effet de miroir quelque part. C’est effectivement ce regard sur eux qui est pas forcément du tout malveillant, parce que c’est la peur qui est projetée. Je pense que c’est aussi aux personnes handicapées à rassurer, c’est aussi à eux de dire : "Mais regardes, je peux parler avec toi, je peux rigoler avec toi, je peux te dire des blagues, on peut être amis". Voilà , je pense qu’au départ, il faudrait mélanger les gens quand même. Je pense qu’il faut que ça aille dans les deux sens. Voyez à côté de chez nous il y a une caserne de pompier qui participe tous les ans à Handiraid, ça consiste à faire naviguer sur le Rhône une personne handicapée. Donc on a un groupe de pompiers par département et une personne handicapée, ils partent d’Aigues-Mortes et ils vont aussi dans l’Eure. On a proposé d’habiller le monsieur qui va participer à cette initiative, et le jeune pompier qui est venu, nous disait que c’était la première année qu’il faisait cela et que le handicap, il ne connaissait pas ! C’est marrant ce mot, "il ne connaissait pas" ! Que les gens se côtoient et arrivons à mélanger les gens, voilà . Mais je pense que c’est aussi aux personnes handicapées à aller vers les autres. Et je dirai même que c’est peut être plus facile dans ce sens, parce que pour les gens valides, aller vers quelqu’un de handicapé... J’ai l’habitude, ça ne me pose pas de problème. Si je vois une personne qui a un peu de mal à sauter une petite marche, je vais lui demander si je peux l’aider, mais ça peut être mal perçu, vous voyez. Je ne sais pas comment peut être perçu le fait de proposer de l’aide. Alors qu’une personne handicapée qui viendrait parler à une personne valide, je pense que la personne valide serait touchée quand même de ça, voyez parce quelque part je pense que les gens valides auraient envie, ou d’aider ou d’approcher, parce qu’il y a plein de gens gentils.


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