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Société

Mobile en ville : entretien avec un responsable associatif

Marseille vu comme un parcours du combattant

S’il est un problème qui concerne au premier chef les personnes touchées par un handicap physique (ainsi d’ailleurs que les personnes âgées ou n’importe quel quidam en certaines circonstances) c’est bien celui des déplacements urbains au quotidien et des obstacles qui se présentent sur le chemin du voyageur dans la ville.

En matière de transports, la Ville de Marseille est très mal classée [1]. Comme en témoigne Monsieur Meier, directeur de l’AVHQ, « Une seule ligne de bus (la ligne n°19, qui longe la plage à partir de l’avenue du Prado) est adaptée. Mais elle est surchargée, alors les agents de la RTM [2] doivent pousser les gens pour faire de la place et il n’y a plus de place pour mettre les fauteuils ! Ce n’était peut-être pas le meilleur champ d’application... » Heureusement, les nouvelles lignes de bus, de tramway et de métro seront adaptées aux personnes handicapées. Logiquement, les stations préexistantes devraient suivre.

Il faudrait aussi, ajoute notre interlocuteur, que la RTM revoie sa politique tarifaire : « Seuls les invalides de guerre et les personnes âgées ont droit à une exonération du titre de transport. Même si vous êtes reconnu »personne handicapée« , vous ne pouvez bénéficier de rien du tout, déjà que c’est très peu accessible... Et le peu qui est accessible, vous le payez au prix fort (vous et l’accompagnateur, ça fait double tarif). » Et de citer en exemple la SNCF, où « Vous avez droit à une remise et votre accompagnateur ne paye que la réservation. Que vous preniez le train ou l’avion, des agents sont mis gratuitement à votre disposition pour vous aider à monter à bord, vous installer sur votre siège et mettre votre fauteuil roulant dans la soute à bagages... Une ville comme Marseille pourrait faire davantage d’efforts ! » Le Département, quant à lui, a fait aménager par la Régie Départementale 13 les bus reliant Marseille à Aix-en-Provence. Et d’autres lignes suivront. La Région aussi applique une politique de transport qui tient compte des personnes handicapées. Mais beaucoup de villes semblent à la traîne. « Elles devraient s’inspirer de ce qui est fait à Lyon, par exemple, qui a un très beau métro, avec un ascenseur qui vous mène directement dans la rue... C’est très bien étudié ! »

Pour assurer une bonne mobilité, garantir la liberté d’aller et venir à travers la ville, il ne suffit pas d’avoir des autobus, tramways et autres transports métropolitains accessibles. Il faut aussi que la voirie et les aménagements en dur soient étudiés pour faciliter la vie des habitants. Et lorsqu’on se rend quelque part, par exemple à la banque, la moindre des choses est de ne pas se retrouver bloqué à l’entrée après un trajet qui n’est pas toujours de tout repos... En effet, le non-respect des places de stationnement est un problème récurrent à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône, en dépit des campagnes de sensibilisation. « Devant les locaux de l’association, on a une place réservée aux handicapés. Elle est fréquemment occupée. On y trouve de tout, même des camions ! Souvent, lorsque nous recevons des personnes en fauteuil roulant, elles doivent descendre du minibus directement dans la rue. Vous pouvez imaginer le danger ! Quant à l’avenue du Prado, les places pour handicapés sont pratiquement inexistantes. Et si une personne en fauteuil roulant manuel veut monter sur le terre-plein central, elle ne peut pas, à moins d’être très musclée, car les pentes d’accès y sont vraiment trop fortes ! » Pourtant, il y a des normes disant qu’il faut respecter un certain degré d’inclinaison, « mais elles ne sont généralement pas respectées ». L’AVHQ pointe aussi la mauvaise volonté des banques : « Certains établissements ont rétréci leur sas d’entrée afin que les fauteuils roulants ne puissent pas y pénétrer, sous le prétexte qu’ils pourraient dissimuler des bombes et ainsi de suite. Les transactions avec les personnes en fauteuil se font alors dans la rue, au vu de tout le monde ! »

Fondée par des parents d’enfants myopathes, l’Association Mieux Vivre son Handicap au Quotidien est naturellement très concernée par l’intégration des enfants handicapés en milieu scolaire. C’est donc tout naturellement que Monsieur Meier m’a entretenu de cette question : « L’insertion scolaire nous tient particulièrement à cœur, d’où la création d’un collectif d’associations pour pouvoir avancer un peu, pour que les enfants handicapés puissent continuer à aller à l’école et à bénéficier des Auxiliaires de Vie Scolaire (AVS). Actuellement, il y a un seul AVS pour trois élèves. Cela n’est pas gérable... Alors, un collectif d’associations [3] négocie avec la Commission Départementale d’Éducation Spéciale (CDES) la possibilité d’avoir davantage d’AVS. »

La situation n’est pas la même suivant le type d’établissement : « À l’école primaire, les élèves sont bien intégrés. Mais au secondaire, ça se passe moins bien, car les structures ne sont pas adaptées. Les élèves se déplacent entre chaque cours pour changer de salle. Les personnes en fauteuil roulant partent un quart d’heure avant et arrivent dix minutes après : ainsi, elles perdent environ une demi-heure à chaque fois... Comment voulez-vous qu’elles arrivent à suivre ? À part les ateliers de physique, chimie ou informatique, il serait plus logique et plus simple que ce soit les professeurs qui se déplacent. Ainsi, il y aurait moins de perte de temps. Et les personnes handicapées seraient mieux intégrées. L’Éducation Nationale doit réagir, elle doit réformer sa façon de travailler... »

Propos recueillis par Laurent Marcellin, mars 2005


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