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Une relation amoureuse difficile à gérer pour la belle famille

Handicap ou pas, Isabelle et David se sont plu tout de suite. "Il aurait marché cela ne m’aurait pas dérangé" lance t-elle avec humour. En neuf ans de relation, ils ont appris à s’aimer de plus en plus, de mieux en mieux, à être à l’écoute l’un de l’autre. Seul hic à la relation, une belle mère qui accepte difficilement leur relation. Pour éviter les disputes et les tiraillements, ils veulent aujourd’hui prendre leur indépendance vis-à -vis de leur famille, vivre ensemble en institution pour ne dépendre de personne et enfin vivre sereinement leur vie de couple.

Laissez nous nous aimer !

H. - Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Isabelle Espy - Je m’appelle Isabelle Espy, j’ai 39 ans, je suis Infirme Moteur Cérébrale de naissance.

David Aubert - Je m’appelle David Aubert, j’ai 35 ans et je suis Infirme Moteur Cérébrale.

H. - Depuis combien de temps êtes vous ensemble et où vous êtes-vous rencontré ?

I.E. - Ça va faire neuf ans que l’on est ensemble. On s’est rencontré à l’APAJH.

H. - Qu’est ce qui vous a amené à sortir l’un avec l’autre ?

I.E. - On se plaisait, on a fait beaucoup de sorties ensemble. Ce qui m’a plu chez lui, c’est son humour.

D.A. - Ce qui m’a plu en elle, c’est son corps, la tête, tout. Au départ, ce n’est pas moi qui ait été vers elle, c’est elle qui est venue vers moi.

H. - Diriez-vous que le fait d’être tous les deux en situation de handicap a favorisé votre rencontre, en quoi ?

I.E. - Non. S’il avait marché, ça ne m’aurait pas posé de problème. Mon fauteuil, c’est mon instrument pour marcher.

D.A. - Moi, je pense que oui. Être dans une situation commune ça nous rapproche parce que je discute bien avec elle, je m’entends bien avec elle, on a des rapports et je l’aime beaucoup. Elle me touche beaucoup.

H. - Avez-vous été en couple avec auparavant une personne valide ?

I.E. - Non jamais, c’est très difficile d’être en couple avec une personne valide. J’ai des amis qui sont valides à l’HAC (Handicap Amitié Culture), mais il y a quand même une barrière au niveau de la séduction.

H. - Vous semble t-il que votre handicap puisse être une barrière dans la rencontre amoureuse ?

I.E. - Dans le regard des autres, oui. Mon copain, il a des difficultés pour parler et des fois, on ne fait aucun effort pour le comprendre. Ça me fait mal, mais c’est la société individualiste qui veut ça.

D.A. - Pour moi ce n’est pas plus une barrière qu’autre chose. La plus grande barrière pour moi c’est que ma mère n’a jamais accepté que l’on soit ensemble Isabelle et moi. Elle n’accepte pas son handicap. Elle m’a dit : "Je travaille trop, je rentre à 21h, ce n’est pas pour m’occuper de deux personnes."

H. - Vous vivez séparément dans chacune de vos familles ? Avez-vous envisagé de vivre ensemble ?

I.E. - On veut vivre ensemble dans une institution. Comme ça, il n’y aura plus de belle famille.

H. - Quelles sont les démarches à suivre pour y arriver ?

I.E - On n’a pas trop exploré, on demande à des éducateurs de nous conseiller des centres. J’ai prévu plutôt de voir au MAS Les Tourelles. Je prépare doucement mes parents à cette perspective.

H. - Et eux, qu’est ce qu’ils en pensent ?

I.E. - Ils sont d’accords, je suis libre de faire mes choix.

H. - Comment décririez vous votre couple ?

D.A. - On est beaucoup à l’écoute. Avant, je me disputais trop avec elle...

I.E. - Parce que j’allais chez ses parents et je trouvais qu’ils disaient des mots déplacés comme "tu es plus handicapé que mon fils", "tu n’arrives pas à te débrouiller"... Et puis comme il n’y a que lui qui vient chez moi, c’est un peu difficile parce qu’on ne passe pas les Noël ensemble, on vit les grands moments en décalés.

H. - Avez-vous des sujets de désaccord, lesquels ?

I.E. - Avant oui, ça concernait plutôt sa famille. Sa mère ne m’accepte pas telle que je suis. Elle n’accepte pas mon handicap, ni celui de son fils. J’ai renoncé à dialoguer avec elle.
Mais un jour j’aimerais régler le problème avec sa mère. Faire appel à un tiers, ou un psychologue ou un psychiatre du centre. J’ai renoncé parce qu’elle est très têtue et je ne veux pas lui dire de méchancetés. C’est peut-être dur d’avoir un enfant handicapé, et elle a peut-être besoin d’aide, parler avec un médecin qui puisse l’aider à accepter le handicap de son fils et également le fait qu’il puisse prendre son indépendance.

H. - Vous en avez parlé à votre mère de votre envie de partir de la maison ?

I.E. - Il en a déjà parlé mais il a peur de l’affrontement. Moi je n’ai pas peur d’affronter les choses. Elle croit que, parce qu’on est handicapé, il faut se débrouiller seul dans la vie de tous les jours, mais des fois, ce n’est pas facile. Par exemple, pour aller chez le kiné, elle croit que l’on fait notre rééducation seul. Elle ne vient pas aux associations pour discuter. Des fois, ça me paraît bizarre, mais elle sait que David veut partir, elle lui dit des choses d’un autre monde comme si elle était vexée. Mais c’est normal qu’il fasse sa vie, moi je voudrais que l’on s’entende bien mais c’est elle qui a commencé les histoires. Des fois, les parents, ils mettent des freins insurmontables. Ils nous gâchent un peu la vie.

H. - L’entente entre vos parents et David se passent bien ?

I.E. - Oui bien sà »r, mais ils aimeraient plus que je m’entende avec sa mère pour que je sois plus heureuse.

H. - La sexualité fait partie de la relation amoureuse, pouvez-vous nous en parler ?

I.E. Oui. On fait tous les deux comme on peut. On fait ça par le toucher. On utilise beaucoup les caresses. J’ai eu une phlébite donc je ne peux pas prendre de contraceptifs.

D.A. - Ce n’est pas évident parce que je ne dois pas lui faire de petit. Donc on se donne surtout du plaisir par des caresses.

H. - Vous auriez aimé avoir des enfants ?

I.E. - Moi oui, mais dans l’état où je suis non, parce qu’il faut tout me faire, je suis totalement dépendante. David et moi, nous n’avons pas de force dans les bras. Déjà s’occuper de nous-même ce n’est pas possible, alors s’occuper d’un enfant... C’est pour ça que pour avoir une sexualité normale, il faut que je fasse ligaturer mes trompes.

H. - Certains couples font appel à des "aidants sexuels", est-ce votre cas ? Qu’en pensez-vous ?

I.E. - Ce n’est pas mon cas, mais ça devrait être légalisé. Ça permettrait aux couples de mieux vivre leur relation parce que quand on n’arrive pas bien, on fait moins bien. Ça nous aiderait à le faire sans contrainte.

D.A. - Pourquoi pas mais quand je suis dans un lit avec Isabelle, je veux être tout seul avec elle. C’est trop intime.

H. - Quel message aimeriez-vous faire passer aux lecteurs d’Handimarseille ?

I.E. - De faire attention à la famille, ça peut détruire un couple.

D.A. - Il ne faut pas être contre les handicapés, il ne faut pas avoir honte des handicapés.


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