La culture, ce qui fédère, ce qui rallie, ce qui définit des groupements sociaux. Pourtant, l’accès à la culture a depuis toujours été sujet à caution, objet de séparation, de distinction. Ceux qui en ont et ceux qui n’en n’ont pas, la culture populaire et la culture bourgeoise, la culture officielle et la culture underground, celle des lieux prestigieux (in) et celle des marges (off).
Aussi le handicap interrogé au regard de l’accès à la culture ne fait que renforcer cette question de la distinction, inhérente à l’histoire même de la culture. Envisageons-la un instant comme un acquis pour la plupart des gens, dû à l’émancipation des masses - par l’éducation d’abord -, au développement des moyens de communication et d’information - les mass-médias -, à l’appropriation de ces supports et de leurs contenus par le public. Pourtant, laissée en marge d’une culture de masse qui se veut objet de consommation, reste la personne handicapée. Quelques avancées notoires, non totalement émancipées d’insistants paradoxes, sont cependant à noter.
État des lieux d’une actualité qui tarde.
À l’origine l’humanitaire et la solidarité. Handicap international arrive sur l’avant-scène. Une antenne en France, une collaboration en vue de la loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », notamment développer des « solutions informatiques favorisant l’accès des handicapés aux nouvelles technologies » (dites de l’Information et de la Communication). Une ouverture à la culture par les mass-médias.
Ciblons l’Internet. En tête et en première page, le gouvernement. Dans le cadre du programme de développement à la culture et de sa « mission de service public » - délégué à la Commission nationale Culture et Handicap -, des groupes de réflexion ont été créés dès 2001 afin de « proposer des mesures concrètes visant à améliorer, à court terme, l’accueil des personnes handicapées dans les établissements culturels ». Au programme : politique tarifaire, adaptation pour l’accessibilité à l’Internet, repenser l’infrastructure et créer une information tactile et visuelle appropriée.
Des associations aussi, beaucoup. Citons pour l’exemple l’APF, l’Association des Paralysés de France, la Halde ou encore l’unapei. Tous travaillent en vue d’un soutien aux handicapés, d’une protection. L’“agir ensemble” semble réel et général. Le gouvernement [1], les organisations professionnelles, le système associatif, tous y travaillent. Avec quelle intention ? Délègue t-on ou relègue t-on l’intervention ?
Délègue-t-on ou relègue-t-on l’intervention ?
Des expertises aux propositions, légiférer prend du temps. De là à la mise en application... Cet intérêt tardif pour le handicap peut aussi s’expliquer par le coût qu’il représente. Repenser et adapter les structures existantes, construire en fonction d’un public qu’on n’attend pas. Conflits et enjeux politico-financiers d’une part, sujet traité sous la contrainte des « prérogatives dues au mandat » d’autre part, de ministres “multi-casquettes” soumis aux aléas des remaniements. « Pas concernés » ?
« Dialogue dans le noir » au Art Center de Seoul d’Andreas Heineke. Une performance mondiale sans lumière pour comprendre le monde des non-voyants. [2] .
Au programme. Rétrospectives.
Un exemple, Bourges, octobre 2003. 2003 « année européenne de la différence et du handicap ». Bourges y pense. Se doit d’y penser. [3]. A l’origine du projet, le Ministre de la Culture et de la Communication, Jean Jacques Aillagon. Intitulé du festival « Rencontres Art, Culture et Handicap ». Dissociation donc de l’art et de la culture [4]. Dissociation encore, du « Printemps » et des « Rencontres ». Avril pour les uns, octobre pour les autres. Dissociation toujours de l’art et de la culture, du monde du handicap. De notre société, de la leur.
Raimund Hoghe. Dramaturge et performer. [5]
Vient ensuite la communication de l’événement. Sur le web, une floraison de services, de prestations à destination des handicapés aidant à la réalisation de projets culturels, œuvrant « pour l’accessibilité des loisirs et de la culture » [6] et revendiquant la « non stigmatisation ». On parle d’« artistes professionnels » pas d’« invalides ». Initiatives, créations - d’entreprises ici - on se trouve du talent et très vite des talents. Citons pour l’exemple l’association CQFD, « Ceux qui font le Défistival ».
“Le handicap”, à insérer dans notre très actuel plan « repensons la planète ».
À suivre : les Journées Européennes du Patrimoine les 19 et 20 septembre 2009 qui auront pour thème « Un patrimoine accessible à tous ». Initiative due à la ministre de la Culture et de la Communication Christine Albanel. Notons que les 20 et 21 septembre 2008 aux Journées du Patrimoine « Patrimoine et création », les handicapés étaient « invités » à se rendre sur les lieux le 19, journée « réservée » selon le communiqué de presse gouvernemental.